Deux lycées, deux mondes
Deux élèves passent le même bac, mais pas dans le même monde : l'un révise dans une salle glacée sans prof de maths depuis trois semaines, l'autre enchaîne cours particuliers et établissement flambant neuf. Et pourtant, parfois, c'est le premier qui s'en sort.
Comprendre
Prenons Yanis, en terminale dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Depuis la rentrée, trois profs se sont succédé en maths avant que le poste ne reste vacant. Il révise chez lui, dans une chambre partagée, avec un manuel emprunté. À 15 kilomètres de là, Alice bénéficie d'un lycée rénové, de deux heures hebdomadaires de soutien privé et d'un bureau à elle. Au mois de juin, tous deux planchent sur les mêmes sujets, corrigés selon le même barème. L'intuition dit qu'Alice va mieux réussir — et statistiquement, c'est souvent vrai. Mais pas toujours. Et c'est précisément ce « pas toujours » qui mérite qu'on s'y arrête.
Approfondir
Les enquêtes PISA et les travaux de Marie Duru-Bellat sur les inégalités scolaires montrent une corrélation forte entre conditions matérielles d'apprentissage et résultats, mais jamais déterministe : il reste une variance importante que ni le revenu des parents, ni l'état des locaux, ni le nombre d'heures de cours ne suffisent à expliquer. C'est ce résidu — la part de ceux qui réussissent « malgré » et de ceux qui échouent « sans raison apparente » — qui rend la question piégeuse. Faut-il y voir la preuve que les conditions comptent peu, ou au contraire qu'on sous-estime d'autres conditions, invisibles ?
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