Le champion d'échecs qui sèche en maths
Un grand joueur d'échecs peut être médiocre en maths, et un grand mathématicien se faire battre par un enfant sur un échiquier. Étrange, pour deux disciplines censées toutes deux « apprendre à réfléchir ».
Comprendre
Magnus Carlsen, champion du monde d'échecs, a confié plusieurs fois ne pas avoir un rapport particulier aux mathématiques : il calcule des coups, pas des intégrales. À l'inverse, on connaît des mathématiciens de très haut niveau, capables de manier des objets abstraits redoutables, qui perdent face à un adolescent un peu entraîné aux ouvertures. Pourtant, dans l'imaginaire collectif, échecs et maths sont rangés dans le même tiroir : celui des activités qui « font travailler la logique », « structurent l'esprit », « apprennent à raisonner ». Si c'était vrai au sens fort, on s'attendrait à ce que l'excellence dans l'un déborde naturellement sur l'autre. Or ce n'est pas ce qu'on observe.
Approfondir
Ce paradoxe rejoint une vieille question en psychologie cognitive : celle du transfert d'une compétence d'un domaine à un autre. Depuis les travaux d'Edward Thorndike au début du XXᵉ siècle, on sait que ce transfert est bien plus rare et limité qu'on ne le croit spontanément : devenir excellent à une tâche entraîne surtout… à cette tâche. « Réfléchir aux échecs » et « réfléchir en maths » pourraient donc être deux compétences largement distinctes, partageant une étiquette commune mais peu de circuits réels. Reste à savoir ce qu'elles partagent vraiment — et ce qu'elles ne partagent pas.
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